LecinéCULTE

analyse de films cultes !

07 octobre 2008

Batman Begins

           
 

   

Batman Begins

Etats-Unis, 2005
De Christopher Nolan
Scénario : David S. Goyer, Christopher Nolan, d'après des personnages créés par Bob Kane
Avec Christian Bale, Liam Neeson, Michael Caine, Morgan Freeman, Gary Oldman, Ken Watanabe
Photo : Wally Pfister
Musique : James Newton Howard, Hans Zimmer
Durée : 2h20
Sortie : 15 Juin 2005


Après avoir vu ses parents tués sous ses yeux lorsqu'il était enfant, Bruce Wayne décide de devenir justicier à Gotham City. Aidé par son mentor Henri Ducard, il deviendra Batman.


BATMAN LE DEFI

Huit ans. Huit longues années sans nouvelles du vengeur chauve-souris sacrifié à l'autel du marketing par la Warner et Joel Schumacher. L'incroyable médiocrité de Batman et Robin avait temporairement mis fin aux aventures cinématographiques du héros créé par Bob Kane. Depuis ce fiasco, le sauveur de Gotham City se terrait dans sa Batcave, supplanté dans le cœur du public par un certain Spider-man et une horde de mutants... L'heure du grand retour a enfin sonné. Après de nombreux projets avortés et une kyrielle de scénarii rejetés par un studio soucieux de ne pas brader sa franchise la plus prometteuse en terme de dollars, le sort de Batman a été confié à un réalisateur anglais à la réputation flatteuse, Christopher Nolan. Un choix audacieux. Malgré le statut culte de Memento et d'Insomnia, deux polars très originaux, ce dernier n'avait jamais prouvé sa capacité à tenir les commandes d'un blockbuster de 150 millions de dollars... N'entretenons pas davantage le suspense. Oui, Batman Begins est une authentique réussite, un salvateur retour aux origines du mythe qui remplit parfaitement son cahier des charges. Un pari réussi haut la main qui devrait réconcilier public et critique sur ce que doit être un grand film de divertissement.


DOUBLE FACE

Même si Christopher Nolan a dû accepter des compromis inhérents à une telle production, il a su imprimer sa patte à l'univers très codifié de Batman. Dès son premier film, The Following, et plus encore avec le génial Memento, Nolan avait démontré sa maîtrise d'une narration éclatée à son paroxysme. La première heure de Batman Begins est un modèle du genre, à disséquer dans les écoles de cinéma. Le Londonien entremêle différentes strates temporelles, confond passé et présent, intègre intelligemment les flash-backs traumatiques à l'intrigue principale, la création d'un super-héros, pour emporter Bruce Wayne dans un tourbillon d'images et de sentiments contradictoires. "Je suis très intéressé par le conflit entre la vision subjective d'un individu et la réalité objective. Pour moi, le cinéma est le meilleur médium pour développer cette tension", déclarait-il lors de son passage au Festival du Film Américain de Deauville pour Insomnia. Batman Begins tient justement dans cette remise en question du bien et du mal. Ra's Al Ghul veut raser Gotham City pour rétablir un monde meilleur, Batman utilise la peur comme L'Épouvantail, le terrifiant homme de main de Ra's Al Ghul. Bruce Wayne, sans le vouloir, va finalement créer un copycat extrêmement dangereux....


BAT-DANCE

Aidé par le scénariste David Goyer (la saga Blade), Christopher Nolan a adopté un parti pris réaliste, mettant de côté les fantaisies gothiques de Tim Burton et les délires crypto-gay de Joel Schumacher. Amoureux du cinéma d'action des années 70, et particulièrement des James Bond, il a réussi à retranscrire la magie des films d'espionnage des seventies, à conjuguer enquête policière, dilemmes moraux et même traits d'humour parfaitement intégrés à l'histoire, sans jamais tomber dans le superflu. Le plus surprenant finalement, c'est le sentiment de facilité qui se dégage de Batman Begins. Evidence des choix de casting (Christian Bale est parfait dans le rôle-titre, son visage acéré suggérant pleinement les doutes du héros), lisibilité des enjeux, création d'une ville non identifiable mais pourtant bien réelle (qui n'est pas sans rappeler la cité noyée par la pluie et la lumière des néons de Blade Runner), approfondissement psychologique de chaque personnage, du flic incorruptible à bout de force à l'assistante idéaliste du procureur, intégration parfaite et rationnelle des gadgets de la chauve-souris... Après une telle démonstration de savoir-faire, on se demande comment Hollywood peut parfois engendrer des Daredevil ou confier des projets d'envergure à des faiseurs comme Brett Ratner (X-Men 3). Reste à prier que la franchise, maintenant remise sur les rails du succès, ne tombe pas dans de mauvaises mains...

Posté par spawn_1977 à 12:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Tron

           
 

Tron

USA, 1982
De Steven Lisberger
Scénario : Steven Lisberger et Bonnie McBird
Avec Jeff Bridges, Bruce Boxleitner, David Warner, Cindy Morgan, Barnard Hughes
Photo : Bruce Logan
Musique : Wendy Carlos
Durée : 1h36




Dillinger, vice-président d’Encom, a gravi les échelons grâce aux jeux vidéo qu’il a dérobés à Flynn, programmeur de génie, et ancien salarié de la grande entreprise informatique. Avec l’aide de ses anciens collègues, Alan et Lora, Flynn s’introduit chez Encom pour pirater leur serveur et récupérer les fichiers qui prouveraient le vol de ses créations. Mais le Maître Contrôle Principal (MCP), super-logiciel intelligent d’Encom, utilise un laser expérimental pour numériser Flynn et l’envoyer au cœur du système informatique. Le jeune programmeur va devoir affronter le logiciel sur son propre terrain à l’aide de Tron, un programme de sécurité mis au point par Alan.


VIDEO KILLED THE RADIO STARS

Le début des années 80: l’informatique explose aux Etats-Unis. Steve Jobs et Bill Gates sortent de leurs garages et deviennent rapidement les symboles de la révolution informatique. Parallèlement, les jeux vidéo envahissent les fast-food et remplacent les flippers. Les salles d’arcade font leur apparition: tous les quarters des adolescents passent dans les bornes Pac-Man, Pong et Space Invaders. Ces événements quasi légendaires pour les hardcore gamers trouvent un écho dans la trame scénaristique de Tron. Tout un public est séduit par un film faisant du programmeur génial (et joueur invétéré) le premier protagoniste de son histoire: l'explosion du jeu vidéo a quasiment créé l'adolescent attardé devenu aujourd'hui un poncif psychologique. Tron s'empare du vidéoludisme et propose à son public un défi cinématographique révolutionnaire: représenter des acteurs réels dans un univers informatique artificiel. L’histoire ne suppose rien de moins que la création d’un jeu vidéo en trois dimensions, et nous sommes au tout début des années 80! Le recours à l’infographie s'impose comme un choix artistique essentiel. Le film doit être électronique, pour ne pas dire numérique: il proposera une vision originale de ce que devrait être un jeu vidéo vu de l'intérieur. Syd Mead (Blade Runner) et le grand dessinateur Mœbius seront les créateurs de ce monde virtuel, et produiront un design inédit et attractif où les formes circulaires prédominent (disques, cycles, etc.). À la fois pari artistique et défi technologique, le film ne ressemblera à rien, version hallucinée et libérale du cahier des charges "disneyen". Cette hybridité intrinsèque fait aujourd’hui de Tron un ovni cinématographique, tant il reste frais et dynamique, et s’avère par moments contemplatif et bizarroïde.


Principale curiosité du film: l’emploi de la rotoscopie, une technique consistant à superposer sur une prise de vue réelle une animation image par image. Elle impose des plans fixes correspondant aux décors dans lesquels ont été préalablement filmés les acteurs, soient des structures totalement noires sur lesquelles vont être plaqués les décors du monde électronique. La caméra doit rester fixe pour que le décor virtuel se superpose exactement sur chaque image. Le résultat est désespérément statique: les panoramiques et les travellings sont exclus quand les personnages se déplacent dans un décor. Pourtant, quelque chose se passe: les bruitages synthétiques et l’absence fréquente d’accompagnement musical créent un univers fascinant et étrange. Le charme de Tron tient beaucoup de ces explorations des personnages rebelles à travers le logiciel: une sorte de voyage initiatique aux résonances mystiques, où l’on boit littéralement l’énergie à une source. Quand la technique fait défaut, il y a toujours une idée pour y pallier. Ainsi, les "combats de gladiateurs" pour lesquels Tron est si célèbre ne sont pas une fin en soi. Ils sont certes des concepts visuels hautement jouissifs et spectaculaires (la palme va à la course de "moto lumières", à l’inventivité et au découpage inégalés) et contribuent au culte du film, mais ils ne masquent jamais la profondeur insoupçonnée de l’histoire.


A.I.

Il faut bien le reconnaître, les déboires des programmeurs dépossédés par la méchante multinationale ont tout du simple prétexte. L'intérêt du film est au-delà de cette piètre intrigue de techno-thriller (si l'on y pense forcément, War Games n'est sorti qu'en 1983). Seul importe le monde virtuel. Et ce qui s'y passe a tout d'une guerre de religion. Steven Lisberger passe son univers numérique à la peinture prophétique: les programmes croient en leurs créateurs/utilisateurs (les usagers), une croyance que combat le MCP. En tant qu'intelligence artificielle, il veut devenir Dieu à la place de l'Homme dans le cœur des programmes. Tron est un prophète, le juste combattant du dogme classique, le héraut des humains, signe d'harmonie électronique, grand éradicateur de bugs. Il deviendra même David combattant Goliath lors de l'affrontement final. Quant à Flynn, investi des pouvoirs divins de l'usager (ressuscitant les programmes, maîtrisant les véhicules), il devra reprogrammer le MCP maléfique de l'intérieur. Non, vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'une production Disney destinée au jeune public (et la résolution se fera dans les règles, joyeuse et colorée). Mais Tron donne beaucoup plus que ça, il propose une exploration. On découvre une faune de programmes bigarrés entre deux affrontements, on traverse une mer de données sur un vaisseau solaire, le long d'un faisceau de données. Collines macroscopiques et particules composent un paysage psychédélique et hypnotique, qui rappelle le cinéma expérimental. Tron est un sort jeté à l'imagination, un trip cinématographique, un Disney sous acides. Prophète en son temps, il reste incroyablement unique: dans ses choix artistiques et technologiques, il a tout du film avant-gardiste.

Posté par spawn_1977 à 12:23 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]