07 octobre 2008
Tron
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Tron
USA, 1982
De Steven Lisberger
Scénario : Steven Lisberger et Bonnie McBird
Avec Jeff Bridges, Bruce Boxleitner, David Warner, Cindy Morgan, Barnard Hughes
Photo : Bruce Logan
Musique : Wendy Carlos
Durée : 1h36
Dillinger, vice-président d’Encom, a gravi les échelons grâce aux
jeux vidéo qu’il a dérobés à Flynn, programmeur de génie, et ancien
salarié de la grande entreprise informatique. Avec l’aide de ses
anciens collègues, Alan et Lora, Flynn s’introduit chez Encom pour
pirater leur serveur et récupérer les fichiers qui prouveraient le vol
de ses créations. Mais le Maître Contrôle Principal (MCP),
super-logiciel intelligent d’Encom, utilise un laser expérimental pour
numériser Flynn et l’envoyer au cœur du système informatique. Le jeune
programmeur va devoir affronter le logiciel sur son propre terrain à
l’aide de Tron, un programme de sécurité mis au point par Alan.
VIDEO KILLED THE RADIO STARS
Le début des années 80: l’informatique explose aux Etats-Unis. Steve
Jobs et Bill Gates sortent de leurs garages et deviennent rapidement
les symboles de la révolution informatique. Parallèlement, les jeux
vidéo envahissent les fast-food et remplacent les flippers. Les salles
d’arcade font leur apparition: tous les quarters des adolescents passent dans les bornes Pac-Man, Pong et Space Invaders. Ces événements quasi légendaires pour les hardcore gamers trouvent un écho dans la trame scénaristique de Tron.
Tout un public est séduit par un film faisant du programmeur génial (et
joueur invétéré) le premier protagoniste de son histoire: l'explosion
du jeu vidéo a quasiment créé l'adolescent attardé devenu aujourd'hui
un poncif psychologique. Tron s'empare du vidéoludisme et
propose à son public un défi cinématographique révolutionnaire:
représenter des acteurs réels dans un univers informatique artificiel.
L’histoire ne suppose rien de moins que la création d’un jeu vidéo en
trois dimensions, et nous sommes au tout début des années 80! Le
recours à l’infographie s'impose comme un choix artistique essentiel.
Le film doit être électronique, pour ne pas dire numérique: il
proposera une vision originale de ce que devrait être un jeu vidéo vu
de l'intérieur. Syd Mead (Blade Runner) et le grand dessinateur
Mœbius seront les créateurs de ce monde virtuel, et produiront un
design inédit et attractif où les formes circulaires prédominent
(disques, cycles, etc.). À la fois pari artistique et défi
technologique, le film ne ressemblera à rien, version hallucinée et
libérale du cahier des charges "disneyen". Cette hybridité intrinsèque
fait aujourd’hui de Tron un ovni cinématographique, tant il reste frais et dynamique, et s’avère par moments contemplatif et bizarroïde. 
Principale curiosité du film: l’emploi de la rotoscopie, une technique
consistant à superposer sur une prise de vue réelle une animation image
par image. Elle impose des plans fixes correspondant aux décors dans
lesquels ont été préalablement filmés les acteurs, soient des
structures totalement noires sur lesquelles vont être plaqués les
décors du monde électronique. La caméra doit rester fixe pour que le
décor virtuel se superpose exactement sur chaque image. Le résultat est
désespérément statique: les panoramiques et les travellings sont exclus
quand les personnages se déplacent dans un décor. Pourtant, quelque
chose se passe: les bruitages synthétiques et l’absence fréquente
d’accompagnement musical créent un univers fascinant et étrange. Le
charme de Tron
tient beaucoup de ces explorations des personnages rebelles à travers
le logiciel: une sorte de voyage initiatique aux résonances mystiques,
où l’on boit littéralement l’énergie à une source. Quand la technique
fait défaut, il y a toujours une idée pour y pallier. Ainsi, les
"combats de gladiateurs" pour lesquels Tron est si célèbre ne
sont pas une fin en soi. Ils sont certes des concepts visuels hautement
jouissifs et spectaculaires (la palme va à la course de "moto
lumières", à l’inventivité et au découpage inégalés) et contribuent au
culte du film, mais ils ne masquent jamais la profondeur insoupçonnée
de l’histoire. 
A.I.
Il faut bien le reconnaître, les déboires des programmeurs dépossédés
par la méchante multinationale ont tout du simple prétexte. L'intérêt
du film est au-delà de cette piètre intrigue de techno-thriller (si
l'on y pense forcément, War Games
n'est sorti qu'en 1983). Seul importe le monde virtuel. Et ce qui s'y
passe a tout d'une guerre de religion. Steven Lisberger passe son
univers numérique à la peinture prophétique: les programmes croient en
leurs créateurs/utilisateurs (les usagers), une croyance que combat le
MCP. En tant qu'intelligence artificielle, il veut devenir Dieu à la
place de l'Homme dans le cœur des programmes. Tron est un prophète, le
juste combattant du dogme classique, le héraut des humains, signe
d'harmonie électronique, grand éradicateur de bugs. Il deviendra même
David combattant Goliath lors de l'affrontement final. Quant à Flynn,
investi des pouvoirs divins de l'usager (ressuscitant les programmes,
maîtrisant les véhicules), il devra reprogrammer le MCP maléfique de
l'intérieur. Non, vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'une production
Disney destinée au jeune public (et la résolution se fera dans les
règles, joyeuse et colorée). Mais Tron donne beaucoup plus que
ça, il propose une exploration. On découvre une faune de programmes
bigarrés entre deux affrontements, on traverse une mer de données sur
un vaisseau solaire, le long d'un faisceau de données. Collines
macroscopiques et particules composent un paysage psychédélique et
hypnotique, qui rappelle le cinéma expérimental. Tron est un
sort jeté à l'imagination, un trip cinématographique, un Disney sous
acides. Prophète en son temps, il reste incroyablement unique: dans ses
choix artistiques et technologiques, il a tout du film avant-gardiste. 
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